Camacho accède d’emblée au rang de ceux qui ont, ou ont eu, le plus et le mieux à dire. Il est aujourd’hui par excellence celui qui piège, d’où inévitablement quelques effusions de sang ça et là pour attester la cruauté bien moins chez lui que chez les autres. Dans leur pathétique égarement, on voit passer à la cantonade, tel qu’au premier tercet du poème, El Desdichado de Nerval et aussi, sous les traits qu’a choisis Luis Bunuel pour le faire apparaître dans l’Age d’or, le duc de Blangis.
Nul aujourd’hui mieux que Camacho ne fait mentir l’assertion selon laquelle la peinture surréaliste « semble se soucier très rarement de la belle peinture » et, de fait, est « extrêmement réaliste en ce sens que, tout en accomplissant d’étonnantes juxtapositions, elle ne présente que des objets ou des fragments d’objets très ordinaires »(1): ici s’accomplit avec évidence la mutation souhaitée. On admirera comme Jorge Camacho a su se rendre maître d’un espace tout à lui, non sans analogie avec celui que décrit, radar aidant l’aile membraneuse de la chauve-souris – espace non moins compartimenté de haut en bas que de long en large par tout un système de trappes, de soupiraux et de chatières.
Pour notre plein envoûtement lui est impartie cette gamme illimitée de tons sourds déployant les fastes de ce qui pourrait être au crépuscule ce que l’aurore boréale est à notre matin.
André Breton, 12 avril 1964
(1) Nataniel Tarn, Anatomie de la Pop cultur, Les lettres nouvelles, avril-mai 1964

