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Mondes merveilleux. Joseph Crépin et Scottie Wilson
Du 03/05/2026 au 05/03/2026.

Dans l’Art Brut, la folie est souvent invoquée. Pourtant, il serait erroné de croire que ces créations furent réalisées dans l’aveuglement ou l’inconscience. Elles naissent au contraire d’une lucidité singulière et d’une conscience aiguë de leur caractère novateur.

En 1948, au sous-sol de la galerie Drouin, lors des toutes premières manifestations d’ensemble de l’art brut, les œuvres de Joseph Crépin suscitent une fascination profonde chez André Breton. Salué et étudié également par Jean Dubuffet, il demeure pourtant un peintre méconnu.

Né en 1875 dans le Pas-de-Calais, plombier et quincaillier de profession, Crépin est aussi passionné de musique. Un soir de 1938, alors qu’il copie de la musique, sa main cesse soudain de lui obéir et se met à tracer de petits dessins dont l’aspect original le retient. Encouragé par ses proches, il commence à réaliser sur des cahiers d’écolier, une série de dessins de temples, de vases, de statues et d’étoiles aux crayons de couleur.

À 64 ans, des voix lui enjoignent de peindre 300 tableaux afin que cesse la Seconde Guerre mondiale, puis 45 « tableaux merveilleux » pour parvenir à la paix totale. Il signe le trois centième tableau le 7 mai 1945, veille de l’armistice. Il meurt quelques jours après avoir entamé la quarante-deuxième toile de la seconde série.

Sa formation artisanale nourrit son aversion pour toutes improvisations aventurées. Il privilégie la patience méthodique, le soin minutieux — vertus qu’il associe à la beauté et au mérite. Son œuvre est régie par une symétrie rigoureuse, sans doute mieux faite à ses yeux pour transmettre un message d’ordre et d’harmonie dont il se croit dépositaire. Symétrie totale ou approximative que l’on retrouve aussi dans les dessins de Scottie Wilson. Ses œuvres, parmi les plus chargées et les plus cérébrales, demeurent profondément interloquantes et fascinantes.

 

Né à Glasgow en 1891, Scottie Wilson vagabonde enfant parmi les arbres, oiseaux, zoos et cirques. Les dentelles victoriennes, les nappes ornées, les rideaux brodés s’impriment dans sa mémoire. C’est âgé de 40 ans, qu’il commence à faire des dessins qui devinrent ensuite son occupation exclusive.

Scottie ne sait ni lire ni écrire ; la seule chose qu’il sache écrire c’est son nom, Scottie. De cette mémoire lyrique surgiront spectres, totems, villes, châteaux, vases, fontaines, animaux, oiseaux, poissons… Avec les années, ces motifs individuels s’organisent peu à peu en structures compliquées qui les combinent tous.

Exposé à Londres, en France, en Suisse, il connaît un succès immédiat. Mais Scottie vit dans l’instant : tandis que ses dessins atteignent des prix élevés en galerie, il en vend d’autres dans la rue pour quelques livres, au premier regard émerveillé.

Compositions kaléidoscopiques ou architecturales, spectres, talismans, villes, châteaux, icônes, animaux : les œuvres de Scottie Wilson et de Joseph Crépin déploient des mondes merveilleux, à la fois fantastiques et profondément ordonnés.

Paris, Galerie 1900-2000